Une case en moins (ou l’art de recoller les morceaux)


Persuadé que la petite enfance détermine la nature de l’être humain adulte, je m’arrête un matin de 2007, entre deux âges, à la station Ribaucourt, en fixant un mur peint à l’acrylique. Le tram 18 met des plombes à arriver.  J’en profite pour faire un petit état des lieux de ma personne. Aucune logique, absence quasi totale de réflexes (dangereux à 150 sur l’autoroute), lenteur de réflexion (souvent comparable à celle d’Homer Simpson), pragmatisme et organisation absents du dictionnaire, tendance fâcheuse et répétitive à l’exécution de différents TOC, capacité de concentration d’un gosse de trois ans et demi, inconscience maladive, troubles anxieux, impatience après 9 secondes d’attente, sommeil hyper vigilant, indécision évidente, manque flagrant de confiance en soi, distraction chronique et parfois dangereuse, tendance fâcheuse et répétitive à l’exécution de différents TOC…

Le diagnostic est sévère et la question de mon psy (« C’est où que ça a commencé à merder ? ») reste sans réponse. La grosse vingtaine, le cheveu déjà pauvre, je décide alors d’effectuer un travail d’introspection. J’y découvre des souvenirs intenses avec ma mère, des pommes de terre en massepain, des fourmis qui meurent lentement dans du liquide vaisselle et… un trou noir. Un moment de flottement dans mon existence, où « les aiguilles des horloges du quartier se sont gommées » et où le convecteur temporel s’est brisé (selon que l’on soit fan de Francis Cabrel ou de « Retour vers le futur »). Bref, un pan de ma vie qui correspond au départ du paternel et à l’arrivée de Jean-Claude Delhaes, photographe épicurien amoureux des Ardennes, décédé en juin 2001.

Après la mort de celui qui m’a regardé grandir comme son fils, je me rends compte de deux choses. Cette partie de ma vie tombe aux oubliettes et Jean-Claude ne me verra jamais heureux, papa, et épanoui (vu qu’en 2001, j’étais un sacré petit con). Je me tourne alors vers des papas de substitution pour tenter de combler ce manque. Des frères d’infortune qui deviennent pour la plupart des référents et qui me permettent de recoller, une à une, les cases de cet inconscient. Des peintres, des beatmakers, des slameurs, des musiciens,…, bref des mecs qui m’inspirent et me poussent à rester créatif en toute circonstance. Avant d’entamer d’autres projets artistiques, j’avais besoin de rendre hommage à l’homme qui m’a fait aimer la photo, attisant ma curiosité, développant mon esprit créatif et influençant indirectement le prénom de ma fille même dix ans après sa disparition, ainsi qu’aux personnes qui m’ont permis de me reconstruire. Case par case. Image par image.

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